Quoi ! J’ai raté vendredi ! Hou la la…

Trophée Anonym'us

Eh oui, c’est samedi et la dixième nouvelle en lice pour le Trophée Anonym’Us est en ligne ! J’espère que vous n’êtes pas trop en manque, mais je suis certaine que vous ne regretterez pas cette attente ! La voici, la voilà, votre nouvelle n° 10, elle s’appelle « Braises », un peu comme le feu qui couve en chacun de nous… oups, je n’ai rien dit, je vous laisse la découvrir en partie ici :

 

Braises.

 

« – Franchement, si tu pouvais y arriver sans te faire choper… tu ne le ferais pas ?

Gilles lève le nez, surpris. Il repose sa troisième bière vide sur son genou, l’esprit déjà un peu embrumé par la chaleur du feu de bois. La proximité de l’index de Laurent qui lui tapote familièrement le bras commence à le gêner.

La bière, il connaît. Il a de la marge. Ça ne lui fait rien. Presque rien. Presque plus rien. Du moins les deux premières. Mais un homme qui entre en contact physique avec lui, ça, il ne peut pas le supporter.

En tout cas, plus depuis ses seize ans.

Gilles ferme les yeux un instant, évacue l’image qui veut se frayer un chemin jusqu’à la lisière de sa conscience. Du bout des doigts, il joue avec le lacet de cuir qui pendouille à son cou en deux brins inégaux. Son père portait le même, le jour de sa mort.

De quoi tu parles ?

Laurent a un ricanement que Gilles attribue à la présence des deux autres pêcheurs qu’il ne connaît pas et qui vident leur verre avec un sourire entendu, tout en leur jetant des regards en biais à travers les flammèches projetées par le foyer. Derrière eux, à la surface du lac, la Lune joue à cache-cache avec le clapotis soulevé par le vent qui vient du nord. Dans le bois, dérangé par les humains, un rapace pousse un cri strident et s’envole en claquant des ailes.

Laurent tire un billot et s’assied face à Gilles qui se recule imperceptiblement. Posé sur la bûche, il le domine de tout son corps et lui cache le ciel noir. Son haleine pue déjà la bière. Combien en a-t-il bu, lui, exactement ?

Je parle de ces fils de putes. Ceux qui ont assassiné tous ces gens, l’année dernière, dans la fosse du Bataclan, à Paris.

Les yeux de Laurent sont devenus des miroirs où se réfléchit le scintillement des braises. Sa voix est descendue dans les graves, dans ces profondeurs où l’âme se révèle à la lisière de l’ivresse. Il fixe son regard juste au-dessus des épaules de Gilles, dans une nuit dont lui seul aperçoit la noirceur infinie.

ImagineTu es là, à proximité de l’entrée de la salle, quand tu entends les premières explosions… Tu lèves la tête, tu écoutes, tu n’oses pas y croire… Tu frémis rien qu’à l’idée que ça puisse arriver, ici, en France. À Paris…

Laurent…

Tu es là, juste à côté, et tu portes un flingue à ta ceinture. Le chargeur est plein. Il n’y a personne près de toi. Pas de caméra, pas de badaud, pas de témoin. Tout le monde est parti se planquer, à part quelques héros qui tentent d’extraire des amis ou des inconnus de l’enfer sans se rendre compte qu’ils sont déjà morts. Un tueur surgit alors dans la rue. Tu es seul face à lui…

Laurent, merde !

Eh bien quoi? Tu le flingues ou pas ?

Gilles fait un gros effort pour avaler sa salive. Elle a un sale goût. Celui de la terreur.

J’aime pas quand tu délires comme ça.

Je ne délire pas. Je dis tout haut ce que des tas de gens pensent tout bas. Parce que ça ne se fait pas, de s’exprimer comme ça à voix haute. C’est interdit !

Gilles se redresse, soudain furieux, les lèvres sèches.

Connerie ! C’est une phrase toute faite qui ne veut rien dire, tu le sais aussi bien que moi !

Phrase toute faite ou pas, c’est la vérité. Et ton refus d’ouvrir les yeux n’y changera rien.

Gilles essaie d’empêcher les images de se réveiller. En vain. Elles frémissent au fond de lui. Se déploient, une à une, inexorablement.

Soudain, il éclate.

Et toi, tu l’aurais fait? Tu aurais tué ces salopards de sang-froid ? »

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