Le Trophée Anonym’Us, nouvelle n° 3

La troisième nouvelle est là, régalez-vous !

 

Trophée Anonym'us

 

Comme un lapin.

 

Flashé ! En pleine gueule. Ignacio est vexé. Se faire flasher à soixante kilomètres/heure sur une route déserte limitée à cinquante. Et à vingt-trois heures passées en plus. C’est vexant, injuste et mesquin. Ignacio ralentit. Fait encore deuxcents mètres. Coupe ses phares. Se gare sur le bas-côté, limite du fossé. Farfouille dans son coffre. Pas facile, il fait nuit. Mais il trouve des trucs. Ça l’fera bien. Même la bouteille d’acide chlorhydrique qu’il y a planquée pour pas que ses gosses jouent avec. On a toujours des chiottes à détartrer. Il va pouvoir lui causer au keuf sournois qui vient de le piéger. Ignacio est invisible. L’autre, au volant de son Opel banalisée, est juste éclairé par l’écran de sa machine à con. Trois heures du mat. Ça grouille sur la départementale. Appel de détresse du gars qui gère le radar mobile, puis plus rien. Le commissaire, réveillé dans son premier sommeil, vient juste d’arriver. Pas commode, le commissaire Saint Antoine. Surtout à cette heure. Surtout à cet endroit. La rase-campagne. Il se demande quelle idée on a eu de coller, ici, un radar, en pleine nuit. C’est sûr que c’est du 100 % de réussite. Rouler à cinquante sur cette ligne droite, faut maîtriser ou conduire en tongs. La scientifique est passée et repartie. Elle a fait son taf et il reste un bout de nuit à profiter. Il aura le rapport demain, mais à priori y’aura pas grand-chose. Pas d’empreintes, pas d’ADN, que dalle. Il ne pleut pas et on voit les étoiles. Une nuit ensoleillée en quelque sorte. C’est déjà ça. Mais le bucolique s’arrête là. Le flic, pourtant aguerri, n’en croit pas ses yeux. Une scène de crime, puisque le suicide a été écarté d’emblée, pas ordinaire s’offre à ses yeux blasés : l’agent est pendu par un pied à une branche de platane. Première résolution : ne plus installer de radar mobile sous un arbre. Il a été préalablement assommé avec un marteau ou une clé à molette de gros calibre d’après le lieutenant qui est venu le rejoindre et lui faire la causette. Pendu par un pied avec une cordelette d’un modèle diffusé dans tous les magasins de bricolage du canton. Page – 1 – Mais c’est pas ça qui l’a tué ? On n’a jamais tué personne en l’assommant et en le pendant par un pied. Tout au plus on lui luxe la hanche. – Non patron ! Approchez-vous et regardez mieux. Faut se pencher. L’herbe est glissante au bord du fossé au-dessus duquel la victime est accrochée. Malgré les étoiles on n’y voit rien. Le lieutenant éclaire le pendu. – Regardez… Là… Il éclaire le visage qui ne dit rien au commissaire, mais il ne s’occupe pas de la sécurité routière et il ne peut pas connaître tout le monde. Salement amoché. Le nez en sang, l’œil… – Putain, son œil ! lance le flic en reculant brutalement. Ses deux pieds glissent dans le fossé sur le bord duquel il se retrouve assis. – Vous salopez la scène de crime, patron. Ben justement, c’est ça ! On lui a retiré un œil et il s’est vidé de son sang. Dans le fossé où vous pataugez. Double salto arrière et Saint Antoine se retrouve en position verticale sur le bord de la route. – Comme un lapin, articule-t-il. – Je ne vois pas… – C’est ainsi que, quand j’étais môme – ça remonte -, ma grand-mère tuait les lapins à la ferme. Je m’en souviens, ça m’a traumatisé à vie. Pendu par les pattes arrière, un coup de masse derrière les oreilles et, hop, l’œil arraché au canif. Et le sang qui coule dans une casserole. Le lapin trésaille et il est difficile de comprendre à quel moment il passe de vie à trépas. – Vous pensez que c’est un fermier qui a fait le coup ? – Pas forcément, c’est anecdotique. Faut vraiment avoir la haine pour tuer un fonctionnaire comme ça. On a constaté quoi d’autre ? Page – 2 – Rien. Aucune empreinte. La bagnole ainsi que le matériel ont été aspergés d’acide. La scientifique penche pour du chlorhydrique facilement trouvable en grande surface. On a interrogé Rennes (le centre qui reçoit, par Internet, les clichés des radars de tout le pays), le gars n’avait rien transmis depuis une demi-heure avant qu’il ne déclenche l’appel de détresse. Autant dire qu’on n’aura rien sur les photos. Le disque dur a été particulièrement copieusement arrosé. Irrécupérable. Les collègues l’ont quand même emporté. – On a retrouvé des trucs ? Le marteau ? Des traces de pas ? – Rien… même pas l’œil ! Mais quand les premiers sont arrivés sur les lieux il y avait des renards qui essayaient d’attraper la victime. Mais ils ne sautaient pas assez haut. Pour l’œil ça leur était plus facile. – Eh ben, ça promet. On peut le décrocher ? – On attend votre feu vert. Le légiste voudrait bien l’embarquer. Neuf heures, le commissaire fait les cent pas dans les douze mètres carrés de son burlingue. Ça limite. Il a peu dormi. Il n’a pas dormi en réalité. Dès qu’il fermait l’œil il voyait celui qui manquait à son collègue accrobrancheur nocturne. Il attend les rapports de la scientifique et du légiste. Le jeune lieutenant est déjà arrivé aussi. Il est jeune, il fait un peu de zèle. Impec le gamin, rasé de près, changé et il sent bon. Pas le commissaire qui n’attend plus rien de la carrière…

 

Bon vous connaissez la maison, pour lire la nouvelle entière c’est sur le Blog du Trophée Anonym’Us. Régalez-vous !

http://trophee-anonymus.blogspot.fr/2016/09/nouvelle-anonyme-n3-comme-un-lapin.html?spref=fb

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