Le Trophée Anonym’Us Mauvaise pioche de Danü Danquigny

Mauvaise Pioche, Danü Danquigny, le vainqueur du Trophée Anonym’Us de 2015-2016, ouvre le bal avec une nouvelle ou il reprend avec justesse et intelligence tous les titres des concurrents du Trophée 2015-2016. Il est trop fort ce Danü ! Allez je vous laisse découvrir un extrait de sa nouvelle hors concours et vous laisse vous régaler avec sa patte !

 

Trophée Anonym'us

 

Mauvaise pioche

 

Je suis en train de me faire casser la gueule. Encore. C’est pas la première fois que ça m’arrive, mais ça remonte suffisamment pour que je mette deux ou trois secondes de trop à réagir. Et quand on se fait cogner dessus, deux ou trois secondes, c’est juste beaucoup trop. Vautré sur le trottoir, le nez pile au-dessus de la grille crade du caniveau, baigné par la lumière pisseuse d’un réverbère, j’encaisse un concerto de coups de pompes dans le bide en me demandant ce qui me vaut une raclée pareille. Ça fait quand même un bon moment que j’ai pas squatté le lit d’un autre ou cherché des noises à qui que ce soit. C’est le genre de choses qui arrive quand on arrête de picoler. Et j’ai pas touché une bouteille depuis des lustres. Alors forcément, quand les trois types me sont tombés dessus, j’ai rien vu venir. Et j’ai beau chercher, leur tête me dit rien. Le grand ressemble à un Sean Connery savoyard. Il me tient les bras en arrière avec une clef compliquée et douloureuse. Le petit nerveux coiffé n’importe comment en profite pour m’envoyer sa Gazelle en pleine poire, sous le regard goguenard du troisième acolyte, celui qui m’a envoyé un méchant chassé dans les genoux. Je tombe dans les vapes en me disant que Blondin, c’est vraiment le plus grand dégueulasse que la terre ait jamais porté. Je sens qu’on m’attrape les épaules et les jambes, mais je suis trop occupé à regarder les petites lumières qui papillonnent devant mes yeux pour me débattre. Histoire de s’en assurer, l’un des gars me colle un coup vicieux dans le foie. Ça fait râler les deux autres, qui manquent de trébucher. Quand j’entends s’ouvrir le hayon, je proteste vivement, j’essaie de leur faire comprendre que j’ai d’autres projets pour ce soir, que c’est important. Ça rend à peu près ça : – Hmmf… eng… grrngl… ulés… Ils n’en tiennent aucun compte et me jettent dans le fond du coffre avant de refermer. * Je m’appelle Desmund Sasse et hier j’ai braqué un tocard qui fourgue du bourrin dans les quartiers nord. Maintenant, la gueule dans un bidon d’huile, un cric sous le cul et les godasses emmêlées dans un jeu de câbles de batterie, je commence à me dire que c’était une idée à la con. Et pourtant, je ne vois pas où j’ai merdé. C’est pas mon habitude. Les braquages, je veux dire. Les merdages et les idées à la con, j’en ai mon lot. On pourrait en faire un musée, même. Mais en temps normal, je braque pas de dealers. Ni personne d’ailleurs. J’essaie de vivre ma vie dans mon coin sans emmerder qui que ce soit. J’ai eu mes errements de jeunesse, le genre de truc que je ne raconterai jamais à mes mômes, si j’en avais. Mais tout ça se trouve à présent derrière moi, et ça fait un bail que je me tiens à carreau. Ce coup, j’y suis monté pour aider un copain. Un besoin urgent de liquidités, le genre où les retards de paiements impliquent des rotules pétées la première semaine et un aller simple pour une partie de camping sauvage en forêt de Rambouillet la seconde. Quand mon pote est venu me voir en chialant, je l’ai d’abord envoyé paître, en le traitant de tous les noms. Je revois encore sa face d’emplumé quand il a toqué à ma porte, les yeux rouges, le nez piqué vers le plancher et les épaules en berne.

– Faut que tu m’aides, Des ! » Danü Danquigny tous droits réservés.

 

Et pour la suite, c’est ici : http://trophee-anonymus.blogspot.fr/

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