Eh oui, enfin la nouvelle n°4

La voici, la voilà, la nouvelle numéro 4 du Trophée Anonym’Us, oui je sais bien, je suis un poil en retard, vous devez m’en vouloir, mais il y a parfois des aléas dans la recherche d’emploi qui vous retardent ce qui fut mon cas. j’espère que vous me pardonnerez de vous avoir fait saliver quelques heures de plus pour découvrir la quatrième nouvelle en lice : La Mérule !

 

Trophée Anonym'us

 

LA MÉRULE

 

Punaisée au mur, au-dessus de mon lit, une carte postale. Une vue panoramique de Laguna Beach au coucher du soleil. Elle est pas signée, mais je sais bien qui me l’a envoyée. Une sacrée salope. Il y a juste mon nom et ma nouvelle adresse pour dix piges. Sébastien Ramilet Prison BonneNouvelle 169, boulevard de l’Europe 76000 Rouen. Je voudrais bien savoir quel est l’enfoiré qu’a eu l’idée d’appeler cette taule « Bonne Nouvelle »… Y’a tellement de cinglés ici que je sais pas si je sortirai vivant un jour, mais si j’y arrive, sûr que je partirai au soleil, loin de la Normandie et que jamais j’y refoutrai les pieds. J’y suis né et faut croire que je fais pas partie de ces ruraux accrochés à leur terroir comme des clébards à leur maître. Je vous donnerai pas le nom du village, ça vous dirait rien. Un lieu-dit perdu entre rien et rien. Si des gens s’y arrêtent, c’est soit qu’ils tombent en panne, soit qu’ils sont perdus, voyez ? Des fois, j’essaye de savoir quand tout a commencé à merder pour David et moi, l’instant exact où c’est parti en couille, et pis j’en arrive à la conclusion que dès le départ, c’était foutu. Certains fils de putes naissent en Amérique avec une cuillère en argent dans la bouche et ben, David et moi, on était nés dans en Normandie avec l’ennui comme cadeau de baptême… « Le bocage normand » que certains appellent ça romantiquement. Mon cul, ouais ! Le seul coin de France où de l’instant où t’apprends à marcher jusqu’à ce que tu crèves, ça se passe dans la gadoue. Quand j’entends ces cons de Stone et Charden vanter les mérites de la région, j’ai envie de leur exploser la tronche. Le bocage, faut savoir la réalité ; il y pleut autant qu’un million de vaches qui pissent. À te changer le sang en eau. La première fois qu’on avait essayé d’en partir avec David, on avait cinq ans. Un soir, après l’école, je lui avais dit, viens, je sais comment on va en Amérique ! J’avais tout prévu, pris des provisions dans mon cartable, des allumettes et une lampe torche. Pour une fois, il faisait beau. Il a pas hésité longtemps et on est partis à l’aventure au bout de la rue. Les gendarmes nous ont retrouvés le lendemain à trois kilomètres du bled, couchés dans l’ancienne cidrerie. On croyait être presque arrivés pourtant… Les gendarmes, ça les avait fait marrer notre histoire, mais nos parents, moins. Les vraies tartes normandes, faut les avoir goûtées pour les apprécier. Elles te laissent des bleus et t’apprennent qu’il faut pas trop t’éloigner du droit chemin. Après cette évasion ratée, on a appris la patience, car cette putain d’envie d’Amérique, ça nous a jamais lâchés. Page 1 À la maison, c’était pas trop l’éclate. Ça rancoeurait pas mal, ça commérait beaucoup. Fallait bien que nos vieux passent le temps entre deux averses. Nos familles, elles étaient tellement ancrées dans le bocage depuis des lustres que c’était de la boue qui coulait dans leurs veines. Ils étaient au courant de toutes les vieilles haines, des cocufiages et des fortunes pas très claires amassées par certains pendant la guerre. Nous, évidemment, on avait les oreilles qui traînaient avec David, on comprenait pas tout, juste que nos aïeux s’étaient mal démerdés et que c’était plus facile pour la famille de transformer un ratage en fierté. Quand la gnôle tombait dru dans les verres, ça ressassait, ça dégoisait, ça vomissait sa bile. En attendant, David et moi, on était habillés comme des clodos à l’école et en plus, fallait s’estimer heureux. J’ai jamais pu leur pardonner ça à mes vieux et quand j’y repense, ça me fout vraiment la haine. Notre univers, avant qu’on puisse s’arracher, c’était l’école, la pluie et la téloche. Quand y’avait une éclaircie et qu’on pouvait crapahuter dehors, c’était pas pour faire des herbiers, mais des conneries comme attaquer les vaches au lance-pierres, ces réservoirs à merde stupides. On attaquait toujours celles de mon voisin, Germain Langlois. On avait un contentieux avec lui, depuis longtemps. Il nous avait foutu dans la merde en allant fayoter à nos parents les conneries qu’on faisait. Il était pourri jusqu’à l’os, une véritable ordure que tout le monde craignait. Il avait entourloupé tout le monde au bled, mais y’avait omerta. Le pire qu’il ait fait dans le genre escroquerie, c’est dans la vente immobilière. On avait dans les quatorze ans quand c’est arrivé. Il avait vendu une longère à un Parisien qui voulait se retirer tranquille au village pour passer une retraite peinarde. Tout le monde savait que la baraque valait pas un clou, rongée par la mérule, ce champignon qui te gangrène une maison patiemment, silencieusement, mais personne a rien dit, même pas l’agent immobilier. On n’aimait pas les étrangers par ici, surtout s’ils étaient Parisiens et qu’ils roulaient en Jaguar. Le Germain avait embauché des cousins pour faire une belle remise en état à grands coups d’enduit et de rafistolages pour dissimuler l’état de la maison. L’expert, le notaire, tout le monde était dans le coup pour entuber l’étranger. On l’aimait bien nous le Parisien. Monsieur Tellier qu’il s’appelait. Il nous avait vu zoner et nous avait proposé de tondre sa pelouse, faire ses courses, de petites corvées qu’il nous payait bien. Parfois, il nous invitait à l’apéro et il nous racontait ses voyages en Amérique. Un chouette bonhomme, vraiment. L’été d’après, il était mort enseveli sous la baraque. Tout le monde a ricané. L’affaire a été classée et le Germain a racheté son terrain pour que dalle. Page 2 Ça avait occupé les conversations des habitants pendant des mois et ça suffisait à la vie culturelle locale. Nous, on s’est mis à tous les détester au village, mais notre haine s’est cristallisée sur le Germain qu’on a rebaptisé La Mérule. Il était pourri de l’intérieur, dans tous les sens du terme. Une ordure. Il vivait comme un clodo dans son bouge même si une rumeur persistante disait qu’il était riche comme Crésus. On a continué de pousser entre l’ennui et la pluie et on a commencé à toucher à l’alcool et à la fumette pour s’évader. Je suis rentré en apprentissage chez Renart et Fils, le garage du village. Mon père a dit au vieux de m’en faire chier et l’autre a été trop content d’obéir impunément. Toutes les pires merdes à faire, c’était pour moi et l’atelier était pas chauffé. Heureusement, dans ma tête, j’étais loin parfois, au chaud sur la plage de Venice. J’essayais de mettre des thunes de côté, mais le peu que je gagnais partait dans la défonce. David s’est fait virer du lycée agricole et son père l’a obligé à bosser à la ferme. À dix-huit ans, on n’avait toujours pas quitté notre province, faute de moyens. Notre échappatoire, c’était d’aller fumer et boire dans l’ancienne cidrerie. Cette ruine, c’était notre royaume. On faisait des barbecues dans les gravats, on taguait les bouts de mur encore debout. Personne venait nous faire chier à part les gendarmes une fois de temps en temps. Ça leur durait une semaine ou deux et puis, ils nous lâchaient. En attendant, on allait se garer sous le pont de la nationale et à part déglinguer des packs de bières, on s’occupait intelligemment. On mettait le chauffage à fond et on apprenait des passages entiers du Guide du Routard Californie. On répétait aussi des leçons d’anglais enregistrées, mais on n’était pas trop au point, d’autant que depuis peu, on avait trouvé un nouveau hobby : Marie, la petite nièce de La Mérule. On la calculait plus depuis un bail, elle était vraiment trop louche, mais un jour qu’elle nous avait vus passer en caisse, elle nous avait fait de grands signes pour qu’on s’arrête. – Vous faites quoi ? qu’elle avait demandé. – On fait un tour, c’est tout, avait dit David. Elle était montée et David m’avait fait un clin d’œil. Il avait une idée derrière la tête…

 

Bon et pour la suite, vous connaissez le tarif, c’est ici, belle lecture à vous !

http://trophee-anonymus.blogspot.fr/2016/09/nouvelle-anonyme-n4-la-merule.html?spref=fb

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