Eh oui, eh oui, c’est vendredi !

Mais oui, nous sommes vendredi, il serait dommage de ne pas reprendre les bonnes habitudes, alors ce soir une petite nouvelle, histoire de  souffler un peu, qu’en dites-vous ?

Voici la 21ème nouvelle du Trophée Anonym’Us, je suis un peu triste car il n’en reste plus beaucoup à découvrir… Je vous laisse vous régaler avec un extrait, Le Parloir et pour la nouvelle entière, la punition est en bas de page, comme toujours ! Bonne lecture !

 

Trophée Anonym'us

 

 

Le Parloir

Axel n’écoute pas.

On lui a bien appris pourtant, à ne pas mettre ses coudes sur la table mais ce sont ses bras tout entiers qu’il y pose et sa tête avec. Un œil est fermé par sa joue écrasée, l’autre suit les motifs du papier peint : des oursons coupés en plein milieu par les huisseries dont on a retiré les portes. Axel regarde au-delà des ouvertures béantes, dans ce couloir où les gens avancent sans s’arrêter. Ceux qui le regardent ne le voient même pas et dans quelques secondes ils l’auront probablement déjà oublié.

Axel se tortille sur sa chaise, son ventre le tiraille déjà mais cela n’a rien à voir avec la faim.

Maman ne tardera plus.

Axel se rend au parloir tous les mercredis.

Même s’il connait le chemin par cœur, Michel lui tient inévitablement la main pour le guider jusqu’à la petite pièce aux oursons bleus. Le même homme, qui chaque semaine lui demande son nom. Axel porte celui de son père, VANDAELE, et Michel l’écorche invariablement, comme s’il le faisait exprès.

Le père d’Axel est parti de la maison depuis presque deux ans. Il y a eu cette millième dispute dans le salon, et puis il est entré dans sa chambre et a embrassé son fils sur le front. L’enfant n’a pas grimacé en sentant la barbe dure piquer sa peau, il n’a rien dit et a continué à faire semblant de dormir. Quand la porte a claqué, seulement, il a fondu en larmes.

C’est de la faute de son petit frère, tout ça. Tout ce qui est arrivé, c’était à cause de Barnabé.

Une créature chétive flanquée d’un prénom ridicule, qui avait à peine soupiré en venant au monde ; un garçon maigre et jaune qui semblait laper l’air à grandes goulées dès qu’on l’abandonnait à l’intérieur de son couffin.

Axel avait dès lors considéré son frère comme un fardeau fragile, un boulet de verre encombrant qu’il devrait traîner avec soin jusqu’à ce que la chose soit capable enfin de se débrouiller seule. Il n’avait rapidement plus pu supporter le souffle rauque et embarrassant qui émanait de Barnabé. Cet écho caverneux qui s’extirpait avec peine de ses bronches pleines de poix.

Étrangement, la vieille chatte grise de la maison s’était immédiatement prise d’affection pour le bébé. Dès la première seconde, elle l’avait couvé des yeux et avait roucoulé près du berceau sans relâche. Elle avait léché son front humide, s’était roulée en boule près de lui et n’avait jamais cessé de ronronner au rythme des marées asthmatiques du bébé.

Lorsque Maman fermait la chambre afin de laisser dormir Barnabé, l’animal griffait le bois avec force, ne laissant jamais l’enfant trouver le sommeil. Il se mettait à geindre rapidement et les pleurs incommodaient la chatte qui ne supportait pas qu’on le laisse couiner de la sorte. Elle miaulait, hurlait comme lui, attendait que la porte s’ouvre pour courir le réconforter, l’embrasser, le goûter. Elle ne le quittait jamais, il était chaud, il ronflait comme elle.

Axel observait le cirque depuis sa chambre, cette attention vouée à une petite créature qui n’en valait pas la peine…

Pour vous délecter de cette nouvelle et des autres nouvelles en lice c’est sur le blog du Trophée Anonym’Us, les mots sans les noms :

http://trophee-anonymus.blogspot.fr/2017/01/nouvelle-anonyme-n21-le-parloir.html

Laissez un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.